Une Histoire sans histoire.

# Posté le lundi 17 août 2009 05:32

Modifié le lundi 17 août 2009 11:14

Première nuit : 03h00 "L'homme est l'ombre d'un songe, et son oeuvre est son ombre." Marie de Gournay

Première nuit : 03h00                                         "L'homme est l'ombre d'un songe, et son oeuvre est son ombre."  Marie de Gournay
La nuit était noire, le silence intense.
Dans la cuisine aux épais murs jaunes et à la peinture écaillée, une odeur de solitude flottait. Sur un mur, fixées à un tableau de liège décrépi, des centaines de photos et de coupures de journaux se balançaient au rythme régulier de la brise lente du ventilateur, jaunies par le temps. Scatha était affalée sur la table Formica de sa minuscule cuisine. Elle regardait perler les gouttes de condensation sur la fenêtre qui lui faisait face. Ombre, voilà ce que signifiait son prénom... Mais à quoi avaient pensé ses parents ? Déjà de l'affubler d'un prénom pareil que personne n'arrivait jamais à prononcer, mais qui en plus signifiait " Ombre "... Ombre... Ombre... !
"L'homme est l'ombre d'un songe, et son ½uvre est son ombre."
Alors était-elle l'½uvre de ses parents ? Ça elle en doutait fort. Prévoyaient-ils déjà de la laisser dans l'ombre de leur famille ? Dans l'ombre de leur monde, dans l'ombre de leur univers ? Elle savait bien qu'elle n'existait pour personne, sauf peut-être pour la gardienne à qui elle payait son loyer. Pas d'amis, pas de famille, pas de travail. Non vraiment, il était temps qu'elle se mette à vivre, enfin .
Elle se leva et ouvrit la fenêtre, saisit son briquet et fit jaillir l'étincelle. L'air était glacé et acide, elle fumait en silence en regardant le paysage qui s'offrait à elle.
Tout d'abord, deux premiers grands rails lui passaient sous le nez. Imposant et malpropre, bruyant et envahissant, le métro rasait les murs de l'immeuble, sans trêve, toute la journée et tard dans la nuit. Ce métro, jamais elle ne l'avais prit et jamais elle ne le prendrait, sans doute frileuse de la peur sans faille qui la désarmerait si elle voyait son petit appartement par les fenêtres écorchées des wagons esseulé comme elle... Non ça lui ferait trop mal.
Plus loin, dans ce qu'on aurait qualifié de "second plan" dans un tableau, s'étendaient des dizaines de rails (encore !) qui fuyaient au loin, sans qu'on puisse les suivre, sans qu'on puisse les finir, sans qu'on puisse imaginer leur destination. Ceux-là ne la laissait jamais en paix, sans repos ils l'hypnotisaient et inlassablement faisaient des aller-retours.
La fenêtre claqua. Scatha s'effondra sur son lit et comata dans ses draps froids quand elle eu finit d'oxygene hostile et de substances illicites.


On s'est aimés une nuit
Te souviens-tu nos 1000 folies
Mais ce bonheur, c'était trop beau
Il a fini dans un sanglot

Be bop a lula, she's my baby
Be bop a lula, où donc es tu partie
Be bop a lula, si je m'ennuie
si je m'ennuie...
(Les chaussettes noires, dans une reprise de Gene Vincents, Be Bop A Lula)

# Posté le lundi 17 août 2009 06:40

Modifié le jeudi 15 octobre 2009 15:04

Deuxième nuit : 04h00 "Chaque fois qu'un enfant dit : 'Je ne crois pas aux fées', il y a quelque part une petite fée qui meurt." James Barrie

Deuxième nuit : 04h00                                                                             "Chaque fois qu'un enfant dit : 'Je ne crois pas aux fées', il y a quelque part une petite fée qui meurt." James Barrie
Les lumières se brouillent ; "Oh ..." .
Scatha, le nez écrasé contre la vitre, regardait les trains s'enfuir dans la nuit. Elle plissait les yeux jusqu'à réduire les lumières des lampadaires à de petites étoiles scintillant dans la ville obscure. Elle pouvait sorguer comme ça longtemps, transformant un horizon banal en fantastique tableau de Van Gogh. "Une belle nuit étoilée... !".
S'arrachant à cette vision illusoire, Scatha se servit une tasse de café et s'assit.
Dans un fracas assourdissant, un métro passa. "- Impossible ! Impossible ! Il est 04h00 du matin !
- On est plus à ça près."
Scatha tourna la tête et soupira. Encore lui.
Se tenait à coté d'elle une créature thaumaturgique, incroyablement grande et voutée, recouverte d'herbe et de plantes. Une sorte de Pan mythique, vulnérable, aux yeux humides et perçants.
Lentement, il posa sur la sienne une main recouverte de mousse, de petit coquillages fossilisés, à l'exeption du bout des doigt nu, sans chair, et la caressa lentement comme on berce un enfant.
Scatha, épuisée, baissa la tête et ferma les yeux, laissant les larmes couler sur ses joues diaphanes.
"Tu n'existes pas... Rien n'existe ici... Rien..."
- Chaque fois qu'un enfant dit : "Je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt.
- Je n'en peux plus ! Je veux VIVRE !"
Elle bondit de sa chaise et ouvrit la fenêtre si violemment que des petits morceaux de peinture tombèrent tristement au sol. Ils semblaient couiner : "Pourquoi un si dur traitement... ?!"
Scatha inspira longuement l'air froid qui emplit sa cage thoracique atrophiée.
Elle tomba lourdement sur le lit, le cerveau endolori de toutes ces souffrances.

Tes lacets sont des fées, tu marches dessus
Tu les laisses traîner, tu marches dessus
Mes lacets sont des fées, je marche dessus
Je les laisse traîner, je marche dessus
C'est dommage d'écraser de si jolies fées
Je n'arrive jamais à les attraper
Avant de tomber (avant de tomber)
Avant de tomber (de me tomber)
Oh oui, oh oui, laisse tomber
(Dionysos, Tes Lacets Sont Des Fées)


# Posté le lundi 17 août 2009 14:58

Modifié le jeudi 15 octobre 2009 15:06

Troisieme nuit 05h00 : " L'horreur d'un accident qu'on découvre sur sa route provient de ce qu'il est de la vitesse immobile, un cri changé en silence (et non pas du silence après un cri)." Jean Cocteau

Troisieme nuit 05h00 : " L'horreur d'un accident qu'on découvre sur sa route provient de ce qu'il est de la vitesse immobile, un cri changé en silence (et non pas du silence après un cri)." Jean Cocteau
Les milliers de petites fourmis de la nervosité couraient frénétiquement dans les frêles jambes de Scatha. Sans s'en rendre compte, sans vraiment y penser, elle se mit à décrire des rondes dans ces 10 mètres de tourmente. Oui tourmentée elle l'était et cette souffrance l'agitait trop pour qu'elle reste là sans rien faire. Elle s'assit et dans un bruissement de métal elle se versa une tasse de liquide noirâtre, chaud et fumant, qu'on appelait "café". Lentement elle porta la coupelle à ses lèvres et lentement laissa couler les effluves brulantes dans sa pauvre carcasse abimée. Elle renouvela l'opération encore et encore jusqu'à n'en plus pouvoir. En un bond elle se leva et ouvrit un grand placard fixé maladroitement au mur. Rompant le silence trop opaque de la petite pièce, elle jeta une assiette par terre. Voilà. Maintenant c'était mieux. Oui, bien mieux. Dans un même geste, tout aussi violent et haineux elle ouvrit la fenêtre. En silence elle fuma une, deux, et des dizaines de cigarettes qui lui laissaient le même gout ocre dans la bouche. Non ce n'était pas ça qu'elle désirait. Alors dans une caresse tremblante elle se morfondis dans la drogue qu'elle essayait déjà de fuir. Puis elle cria : "Ohé, Ohé, Ohé" à s'en fendre les cordes vocales, à s'en arracher la gorge... la mosaïque de fenêtre à sa gauche s'alluma, petit à petit, et les voisins, groggy de sommeil, passèrent leurs têtes en vociférant pour qu'elle se taise ! Pour qu'elle ferme sa "Putain de grande gueule". Alors, criant à s'en déchirer les poumons, elle s'effondra endormie sur son lit.

Maman
Quand je suis née, j'ai crié ; ebloui par la lumiere j'ai crié
Chasse du ventre de ma mere, pour le meilleur ou pour l' enfer
J'ai crié
J'ai appris à courir, à parler
Attendre le métal, l' électricité cite cite cite
Dans le fracas de la cite j'étais sauvage et j'ai appris à me cacher
Allez, maman
Quand je suis née j'ai crié, j'ai appris à courir, à parler parler
Dans le fracas de ma cite j'étais sauvage et j'ai appris à me cacher

(Téléphone, Le vaudou ( est toujours debout ) )

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 15:11

Modifié le mercredi 02 décembre 2009 16:09

Nuit noire, Rêve ...

Nuit noire, Rêve ...
Dans la nuit noire, Scatha faisait des rêves . Des rêve sombres et délirants . Des rêves qui la terrifiaient au réveil .
Un après-midi pluvieux, brumeux et humide . Un hôtel pluvieux miteux . Plainte en plastique, imitation bois . Tout était imitation . Tout faux, tout ridicule et le mauvais esprit du théâtre qui se jouait ici était palpable, il avait presque une odeur, un gout .
La mère de Scatha, qu'elle n'avait vu depuis au moins 5 ans affichait l'air heureux des femmes enceintes après l'accouchement . Ce bonheur, la remplissant d'une étrange joie, d'une compassion qu'elle n'avait jamais éprouvé pour personne d'autre . Le bébé était la . Posé sur une table, à la manière d'un objet . Il était démantelé a la manière d'une poupée en plastique, très petit par rapport a ce qu'il aurait du être . Oui il ressemblait a un poupon mais il avait cette signification et cette importance que signifie un vrai bébé .
Pensivement, Scatha se disait que sa mère, ne pouvait plus avoir d'enfant depuis longtemps ! Mais ce détail passa dans sa tête pour lui ressortir de la tête aussi vite qu'il lui était arrivé.
Et puis ce bébé elle semblait y être attachée . Alors Scatha avait obtempéré.
Et on voulait le présenter a la famille ! Alors dans la chambre d'hôtel miteuse, on fit le diner . Une pate a crêpes très liquide avec une très grosse couche de rhum . On décida de l'enflammer .
Oh et si on y mettait le bébé ? Oui oui ! Bonne idée .
Dans son rêve cela semblait naturel, presque normal . Surement pas dangereux . Alors ils l'avaient mis dedans, le nouveau né flottait tremblotant sur la surface lisse de l'épais liquide .
Tout d'un coup on eu un doute dans la petite cuisine .
Et on voyait sur les traits plastiques du bébé, une déformation, un sorte de souffrance. Le c½ur de Scatha se serra, tout d'un coup .
Mais finalement il semblait, en vie mais on était sûr de rien . Alors tous s'avancèrent dans le salon sur une table en plastique, a l'instar de tout dans la pièce . Alors le feu fut éteint et le bébé, tomba formant des vaguelettes et flottait a l'envers, le visage dans le liquide . Un cris déchira la pièce de la mère éplorée .
Le c½ur de Scatha fut réduit en miette .
Et elle se réveilla .

# Posté le vendredi 18 septembre 2009 16:25

Modifié le vendredi 18 septembre 2009 18:45